Procédés et matériaux de construction de la maison kabyle ancienne 

 « Nos ancêtres les Amazighs Kabyles ont légué, TAZEQA, la maison kabyle traditionnelle, une maison de paysans paisibles vivant en harmonie avec la nature. Bien qu’elle n’ait pas le confort d’une habitation moderne, elle est la preuve du génie créatif de nos ancêtres. L’architecture traditionnelle Kabyle est le résultat de l’incroyable alliance entre l’homme et son environnement »

Le matériau terre : Aperçu sur le patrimoine bâti d’Algérie

Article de Malki Karima et Benmadani Reda

Benmadani_reda@yahoo.fr

 L’Algérie, pays d’Afrique du nord regorge de richesses patrimoniales très éclectiques de part son histoire et sa superficie. Riche et diversifié, ce patrimoine suscite une grande fascination. Qu’il s’agisse des KSOUR du désert, des anciennes médinas, des villages traditionnels ou de petites plaines agricoles ou de la bande côtière; tous sont le reflet de l’identité du pays et le témoin du savoir-faire hérité des anciens. Dans cette diversité patrimoniale, notre préoccupation sera orientée essentiellement vers le patrimoine bâti en terre, cas de la Kabylie. Le bâti traditionnel est un patrimoine complexe qui reflète les besoins pour lesquels il a été construit et il se transforme au fur et a mesure des nouvelles exigences.

L’architecture un art qui véhicule l’identité des peuples et nations, l’architecture et un miroir de la culture et du patrimoine. Le patrimoine est un legs des ancêtres, un legs à préserver et à entretenir. Nos ancêtres les Amazighs Kabyles ont légué, TAZEQA, la maison kabyle traditionnelle, une maison de paysans paisibles vivant en harmonie avec la nature. Bien qu’elle n’ait pas le confort d’une habitation moderne, elle est la preuve du génie créatif de nos ancêtres.

L’architecture traditionnelle Kabyle est le résultat de l’incroyable alliance entre l’homme et son environnement. Cette dernière répond aux exigences de l’homme qui l’habite, à son mode de vie, à son mode socio-économique et socioculturel, tout en respectant l’environnement, caractérisé par un climat rude de montagne. Cette architecture traditionnelle Kabyle représente un patrimoine d’une inestimable valeur à préserver, aujourd’hui pour les générations de demain.

L’architecture de terre dans le Sud de l’Algérie

La construction en terre fait partie de notre patrimoine. 15 % des sites classés par « L’UNESCO » (patrimoine culturel mondial) sont construits avec de la terre et 40% de la population mondiale vit dans des logements construits en terre selon les statistiques du « CNUEH ». Mais malgré son universalité incontestable, le matériau s’est retrouvé en marge du processus du progrès. Subissant un déclin lié au développement technologique, il véhicule aussi, pour des raisons psychologiques ou sociales, l’image du sous-développement et de la pauvreté.

Aujourd’hui, la terre  est un matériau totalement en phase avec les préoccupations environnementales, il jouit d’un regain d’intérêt, tant sur le plan recherche que pratique. Abandonné par le développement technologique, il est aujourd’hui aussi un matériau d’avenir.

La terre comme matériau de construction a été largement utilisé en Algérie dans l’habitat traditionnel. Divers régions du pays en témoignent encore de l’utilisation séculaire de ce matériau sous diverses techniques de construction. Les ksour du sud, que ce soit ceux de la Saoura, du Touat, de Gourara ou de l’Ahaggar recèlent un patrimoine très riche de  construction en terre.

La brique en terre  séchée au soleil était le matériau le plus répandu dans ses régions du sud algérien, car il est bien adapté à la construction en climat aride.

Souvent associée à la pierre, la terre est aussi utilisée comme matériau dans l’habitat traditionnel dans les régions nord du pays comme en Kabylie, dans les Aurès ou dans les hauts plateaux. Disponible localement, techniques de construction maitrisées, c’était le matériau« idéal ». Le développement industriel qu’a connu le pays n’a pas épargné le secteur des matériaux de construction. La terre ne semble plus d’actualité dans notre société actuelle.

Figure  01 : schéma de ksar dans la vallée d’Adrar (source Benmadani Reda 2016)

L’architecture de terre dans le Nord de  l’Algérie cas du  patrimoine kabyle

Le patrimoine architectural de Kabylie est le produit d’une culture et de valeurs morales ancestrales inhérentes à la société kabyle. Sa préservation permettra de mieux comprendre le mode de vie de cette société, son savoir faire ainsi que sa grande capacité de s’adapter a l’environnement. La topographie du site en montagne a fortement dicté l’implantation de villages en Kabylie, construits pour la plupart sur les crêtes et les versants des montagnes en parfaite harmonie avec leur environnement. Ils abritent des maisons de formes architecturales élémentaires, dont l’aménagement intérieur fait apparaître des espaces de vie et d’activités ; on peut aussi observer une mitoyenneté entre habitants et animaux.

Certaines maisons en pierres ou en pisé, matériaux disponibles dans l’environnement immédiat, sont recouvertes de toitures à deux pans constituées de charpentes en bois et de tuiles rouges ; et d’autres terrasses en terres crues. Il arrive parfois que ces deux types de couvertures coexistent dans un même village. Maison avec cour, généralement basses et accolés les unes aux autres, elles sont desservies par des chemins plus au moins escarpés qui se terminent le plus souvent en impasses. De ce groupement de maisons on dégage un sentiment de solidarité entres habitants.

La pierre, la terre et le bois sont les principaux matériaux de constructions de ces maisons. Néanmoins, dans certains villages, la pierre reste la composante de base, mais il existe des villages en pisé.

Figure  02 : entrée d’un vieux village kabyle construit en terre et pierre (source Malki Karima ; village AITH EL KAID 2016)

Description de la maison kabyle traditionnelle :

La maison kabyle traditionnelle, une maison de paysans paisibles qui vivent en harmonie avec la nature. Bien qu’elle n’ait pas le confort d’une habitation moderne, elle est la preuve du génie créatif de mes ancêtres. Cette dernière, dite (tazeqa), est le résultat de l’incroyable alliance entre l’homme et son environnement (La maison kabyle de par sa forme remplit des fonctions utilitaires et sécuritaires.

Elle répond aux exigences de l’homme qui l’habite, à son mode de vie, à son mode socio-économique et socioculturel, tout en respectant L’environnement, caractérisé par un climat rude de montagne. Cette architecture traditionnelle Kabyle représente un patrimoine d.une inestimable valeur à préserver, aujourd.hui pour les générations de demain, (La maison du montagnard de Kabylie telle qu’héritée des aïeux est, de nos jours, une curiosité touristique un objet d’étude pour les architectes, les sociologues et les anthropologues sociaux)

Figure 03 : plan type d’une maison kabyle (source : relevé par l’auteur)

Figure 04 : plan et coupe (source : reda benmadani 2016 )

Traduction des noms kabyles :

TAZEQA = salle commune

TAARICHT = sous-pente

AFRAG= cour

TAGHURFETS TAXXAMT = chambre

ADAYNINE = étable

Figure 05 : maison traditionnelle kabyle (source : Malki Karima, village AIT EL KAID wilaya de  TIZI OUZOU 2016)

Les procédés constructifs : 

Pisé : 

Fondation :

Un ouvrage de terrassement en recherche du bon sol est un préalable nécessaire à la construction des murs en pisé. La fouille creusée dans le sol reçoit ensuite la fondation constituée de pierres. Outre sa fonction structurelle d’assise et de répartition des charges, cette fondation permet de protéger la base des murs en terre banchée contre les eaux de ruissellement et d’infiltration, en limitant notamment les remontées capillaires.

Dans certains cas, la première assise du pisé est mise hors eau grâce à un soubassement constitué par une surélévation de la fondation en pierre hors du sol. Ce dispositif permet de protéger la base du mur en pisé contre le rejaillissement des eaux de pluie.

Mur :

La construction du mur a lieu à la belle saison, de mai jusqu’en octobre. Il faut impérativement conjuguer l’absence de pluies et le soleil pour sécher la terre. Un maçon qualifié, aidé de deux manœuvres, qui lui tendent le pisé  et le secondent dans le montage du coffrage, sont chargés de le réaliser.

L’adobe :

Les techniques de construction utilisant l’adobe comme principal matériau ont donné lieu à plusieurs recherches dans différents pays. Les normes de construction de certains États incluent un modèle de maison en adobe possédant des mécanismes antisismiques qui ont fait leurs preuves. L’adobe présente des avantages importants par rapport aux matériaux industriels. Il possède la capacité de régulariser l’humidité de l’air, d’emmagasiner la chaleur, de réduire la consommation d’énergie, de ne produire virtuellement aucune pollution, d’être réutilisable à 100 %, et de préserver le bois et les autres matériaux organiques tout en absorbant les polluants présents dans l’air intérieur des maisons.

Figure  08 : brique d’adobe et son moule (source Malki Karima, TIZI OUZOU 2016)

Façonnage des briques  d’adobe :

En Kabylie la fabrication des briques d’adobe se fait de manière artisanale, en plusieurs étapes:

Le choix de la saison est dicté par l’opération de séchage c’est-à-dire la période de plein soleil la fin du printemps. La saison du printemps est la saison de la fabrication des briques d’adobe

Les étapes de la fabrication sont les suivantes :

Le choix de la terre argileuse, on la nettoie des impuretés ;

Une fois la terre battue et remuée on passe au malaxage avec les pieds ;

Lors du malaxe on rajoute de la paille des gravillons de sables et des petits débris de roche pour minimiser le retrait lors du séchage ;

La fermentation : on laisse  le mélange fermenter pendant 24 heures augmenter l’imperméabilité ;

Le moulage : à l’aide d’un moule en bois en façonne les briques de terre ;

Le séchage : les briques sont séchées  au soleil pendant  10 à 15 jours.

Après cette phase on passe au pétrissage avec les pieds. On rajoute de l’eau petit à petit pour avoir une bonne consistance  et on laisse reposer le mélange

Figure  09 : brique d’adobe et son moule (source Malki Karima, TIZI OUZOU 2016)

Le moulage se fait à l’extérieur sur un terrain  plat  bien ensoleillé. On démoule, sur place, pour mettre les briques d’adobe juste à coté à sécher au soleil. Dans notre figure on a utilisé de la chaux pour faciliter le démoulage mais traditionnellement  on utilise du sable fin. 

Etapes de construction  d’un mur en adobe :

On creuse les fondations de la largeur du mur 50 à 80 cm et de profondeur de 75 à 150 cm ;

Remplissage des fondations avec des moellons de pierre jointés avec un mortier de terre argileuse. Sur cette assise de pierres, le maçon, aidé de ses manœuvres, avec ses outils fil à plomb,  règle truelle, il pose les briques d’adobe dont le mortier de jointement et un mélange de terre de sable et  de paille.

Le séchage : le mur sèche pendant 15 jours.

Revêtement : le mur reçoit un enduit fait d’un mélange de terre glaise paille finement hachée  et de la bouse de vache dont la fonction est de rendre imperméable le mur.  Les formats des adobes sont différents. Ils ne sont pas standardisés. Cela diffère d’une région à une autre d’un village à un autre. Tout dépend des dimensions des planches en bois qui entrent dans la confection du moule. 

Conclusion :

Après ce bref aperçu, à la lumière de cette écrit, nous sommes enthousiasmé de dire que l’Algérie possède un patrimoine bâti en terre très riche et diversifié.

Il serait important de se pencher sur sa préservation par des méthodes et des stratégies scientifiques mais hélas qui sont d’un manque flagrant dans ce pays du Maghreb.

C’est pour cela, pour nous, comme étant des universitaires, il est de notre devoir d’agir et de travailler sous l’égide des organismes mondiaux tel que l’UNESCO, afin d’arriver à préserver, valoriser et vulgariser cet immense patrimoine qu’est le bâti en terre, qui n’appartient pas seulement à l’Algérie mais à l’humanité toute entière.

Bibliographie :

  1. GENEVOIS ; LA MAISON KABYLE; description par texte kabyle traduit;

Vocabulaire; annexes folkloriques.

ALILI Sonia, mémoire de magistère : « guide technique pour une opération de réhabilitation

du patrimoine architectural villageois de Kabylie » Université Mouloud Mammeri, 2013.

BALLOUL Nadia, mémoire de magistère : « conservation et valorisation de

L’architecture en terre des Ksours de Touat .Gourara », Université Mouloud Mammeri, 2008.

BEN MADANI REDA. Mémoire de master 2 <<Village Touristique a Azeffoun

Promouvoir l’architecture de Terre >> Université Mouloud Mammeri Tizi-Ouzou Algérie. 2016

Photographie MALKI KARIMA. Master en anthropologie sociale et culturelle.

Dessin BENMADANI REDA architecte.

Documentation web :

http://www.meda-corpus.net

 

 

Par La rédaction de Tiwizi info

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *