La bataille d’Azrou Ouguettouf, 72 heures d’horreur à Tala Bouzrou

En cette matinée calme du 10 octobre 1961, les villageois de Tala Bouzrou s’apprêtaient à vivre une journée ordinaire. Une des rares qu’offrent une affreuse guerre come celle qui se déroule depuis six années devant leurs yeux. Rien n’indiquait qu’ils allaient assister à une  bataille qui marquera à jamais l’histoire de la guerre de libération. La bataille d’Azrou Ouguettouf reste encore dans la mémoire collective des habitants de la région. Les souvenirs sont encore vifs et les larmes sont toujours là couler sur les joues des femmes qui ont vu leurs maris, enfants et parents morts devant leurs regards impuissants. Les souvenir étaient aussi restés vifs dans les cœurs des hommes qui racontent ce moment tragique sans le conjuguer.

En cette veille de la commémoration du soixante-huitième anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, nous avons fait une rétrospective dans ce souvenir qui a forgé les générations futures de cette localités qui a donné le meilleur d’elle-même pour que vivent l’Algérie dans la dignité. En compagnie de Youcef Liman, un producteur de documentaires sur  et archivistes, nous avons récolté des témoignages d’hommes et de femmes qui portent encore les traces indélébiles de cette bataille. Ils ont encore dans les oreilles les voix de leurs camarades, leurs paroles, leurs cris lorsque les balles ont touché leurs corps. Ils sont morts mais leur présence est restée éternelle parmi les leur.

Le lieu est presque mystique. C’est un immense rocher situé sur les hauteurs du village Tala Bouzrou, à quelques kilomètres du chef-lieu de la commune de Makouda. Il porte encore les traces des coups de canon et mortier tirés durant la guerre. Dans sa base, des grottes s’y introduisent sur des centaines de mètres. Le lieu servait de refuge aux maquisards depuis les premiers jours de la guerre. Mais ce jour-là, un incident inattendu va enclencher une des plus grande machine de guerre au mon de sur un petit village. Une petite bourgade située loin du monde. Le village Tala Bouzrou était très petit mais avec une grande histoire faite par ses enfants qui ont embrassé le mouvement national dès ses premiers pas.

Ce jour-là, le 10 octobre 1961, le village connaîtra les deux journées les plus monstrueuses de son histoire. Aouchich Ahmed, Belmiloud Amar sont des témoins qui étaient dans l’abri avec leurs camarades tués par l’armée ce jour-là.  Nous avons aussi recueilli les témoignages de Boukfoussa Fatma et Rebib Tassadit. Aouchiche Ahmed et son camarade Benmiloud Amar racontent comment un maquisard, Boukffoussa  Mohamed  dit Moh Saïd N Mhand blessé par les militaires français à, Amdhiq Ourihane alors qu’il revenait d’Ighil où il est allé avec Moh Annan, un spécialiste des abris. Le maquisard est donc allé se réfugier à Azrou Ouguettouf mais il sera repéré et poursuivi sur place.

Le lieu sera rapidement encerclé par l’armée française. Des avions, des canons et des mortiers lançaient des tirs de partout sur des hommes retranchés dans un abri situé dans le ventre d’Azrou Ouguettouf. L’attaque commence aux environs de 9h et demi de la matinée du 10 octobre. Mohand Saïd N Mhand en arrivant à Azrou Ouguettouf trouvera dans l’abri une quinzaine de maquisards. Les négociations dureront toute la journée.

Deux hommes du village, incorporés dans l’armée française, sont envoyés demander aux maquisards de se rendre pour avoir la vie sauve mais ils refuseront préférant mourir au champ d’honneur que de se rendre. Un seul, l’infirmier, acceptera de sortir de l’abri. Après l’attaque, ils apprendront que l’homme a vendu deux de ses camarades blessés est réfugiés à icheriouen. Après une journée de bombardements et de tirs ciblés, la nuit tomba sur Azrou Ouguettouf. Nos interlocuteurs rappellent toutefois que l’armée française lançait des ballons lumineux pour empêcher les hommes réfugiés de s’en fuir.

Le long de la nuit, racontent Belmiloud Amar et son compagnon, le maquisard blessé était sorti pour respirer probablement étouffant à cause de sa blessure de la matinée. Il sera la cible d’une balle tirée par les soldats français qui guettaient justement dans les alentours. C’est le premier mort de cette bataille. Aux dernières heures de la matinée, la lumière n’était pas encore là. Les maquisards vont tenter un dernier coup de force pour sortir en forçant par des tirs les soldats français. Quatre moudjahidine seront tués sur place. Certains réussiront à se sauver d’autres ont réussi à s’extirper durant la nuit. Nos interlocuteurs racontent que cinq maquisards n’ayant pas pu sortir en forçant par les armes la soldatesque. Dans les feux des échanges de tirs, les soldats français ont cru que tous les hommes retranchés dans l’abri  Ouguettouf ont été tués.  La bataille prit fin le 11 octobre.

Mais le supplice du village Tala Bouzrou ne fera que commencer. Transportés sur une jeep, les quatre maquisards tués seront ramenés à la fontaine du village pour servir d’exemple aux villageois. Boukfoussa Tassadit, sœur du premier Chahid de l’attaque, raconte les larmes aux yeux comme elle a été amenée à reconnaître son frère. « Il portait encore les chaussures qu’il avait ramenées de France. Je les ai reconnues sur ses pieds qui sortaient de la Jeep ». Après quelques heures, les quatre corps seront exposés à Tarihant, village limitrophe puis à Takhamt N Ldjir. Les maquisards morts sont Amirouche Mohamed Moh N Blanchit, Rebib Moh Akli (Moh N Mhand), Bentoumi Belaïd en plus de Boukfoussa le blessé qui s’était réfugié.

Les hommes exposés devant les villageois seront emmenés en bas du village Takhamt N  Nldjir où ils seront jetés dans un ravin. Ce n’est qu’après la fin de la guerre que leurs corps seront récupérés et enterrés au cimetière des Chouhada. « J’ai ramassé le crâne de mon frère de mes propres mains » Raconte Tassadit Boukfoussa, les larmes aux yeux.

Le lendemain,  Tala Bouzrou retombe dans son quotidien de village martyr qui a bu jusqu’à la lice des affres du colonialisme. La guerre a été le compagnon de ce village depuis les premiers pas de l’occupation française de l’Algérie. Ses enfants sont déjà morts à Staoueli pour stopper l’avancée de l’armée française.  Quelques années plus tard, sous la conduite d’un de ses fils, Ali Oumhand, des enfants du village Tala Bouzrou mourront dans la bataille de Taouerga pour stopper l’avancée de l’armée française. L’histoire de Tala Bouzrou avec le colonialisme ne s’arrête pas là parce que ses enfants seront les premiers à rejoindre le maquis en 1945, une dizaine d’années avant le déclenchement de la lutte armée. Au déclenchement de la guerre de libération, tala Bouzrou sera le premier village à être bombardé par les avions de l’armée française, le 14 novembre 1054.

Par La rédaction de Tiwizi info